« L'Irak a cessé de définir la carte du monde. »
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La nouvelle carte du monde
L'éditorial par Pierre Rousselin
le figaro
[14 janvier 2006]
L'Irak a cessé de définir la carte du monde. C'est aujourd'hui à
propos du danger nucléaire iranien que l'on compte ses alliés, et
que vont se redessiner les camps antagonistes, qui, d'un enjeu à
l'autre, divisent la communauté internationale.
La dernière provocation de Téhéran, en vue d'une reprise de ses
activités d'enrichissement de l'uranium, a mis fin aux négociations
engagées en 2003 par la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne.
Désormais, le Conseil de sécurité de l'ONU sera saisi. Avant
l'imposition de sanctions, chaque pays devra se déterminer. Tel est
le voeu des Européens, soutenus depuis un an par les Américains.
Angela Merkel était hier à Washington pour remettre sur un bon pied
les relations entre l'Allemagne et les États-Unis, pratiquement
détruites par la crise irakienne. Sur beaucoup de sujets, la
nouvelle chancelière est proche de Washington, mais il est
significatif que leur première rencontre à la Maison-Blanche
intervienne le jour où s'impose la question iranienne. Elle peut,
sur ce point, se faire l'interprète d'une Europe rassemblée, très
différente de celle qui s'était déchirée à propos de l'Irak.
Ces retrouvailles transatlantiques sont spectaculaires. Elles ne
sont pas le produit du hasard, mais résultent d'un travail effectué
de part et d'autre depuis des mois. Les États-Unis ont fini par
laisser les Européens négocier pour mieux isoler Téhéran et
rassembler un plus large consensus autour des principes de non-
prolifération. Que ce partage du travail entre alliés n'ait pas été
couronné de succès ne doit pas le condamner. Le contre-exemple
désastreux de l'Irak est là pour en témoigner.
Reste à convaincre un maximum de pays que l'on ne peut laisser la
république islamique se doter de la bombe. Au conseil des
gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA),
il doit être possible de trouver une majorité de pays favorable à la
saisine du Conseil de sécurité.
Le 24 septembre à l'AIEA, pour une résolution qui envisageait déjà
le recours à l'ONU, l'Inde et le Japon ont voté avec les
Occidentaux. La Russie et la Chine se sont abstenues. Le Venezuela a
été seul à voter contre. Ainsi s'esquisse la nouvelle carte du monde.
Parmi les cinq grands du Conseil de sécurité, et malgré une démarche
concertée, la Russie et la Chine hésitent. Moscou dénonce l'attitude
de Téhéran mais ne veut surtout pas perdre un gros client. Pékin
tient à ses fournitures en pétrole iranien. Les «non-alignés» sont
divisés : l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Indonésie penchent
du côté occidental ; d'autres formeront, derrière l'Iran, le nouveau
front du refus : Venezuela, Cuba, Syrie... Quant aux autres pays
arabes, ils tremblent devant l'extrémisme chiite de Téhéran.
En Iran, le président Ahmanidejad table sur la faiblesse des
Européens et sur les difficultés de George W. Bush en Irak. Le
calcul pourrait bien être faux : par ses provocations répétées, il
ne fait qu'accroître son isolement.
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