l’autre LETTRE
Points de vue des éditeurs indépendants
sur l’actualité du monde du livre
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Lundi 25 mai 2009
Presse, radio, télé en parlent, et pétitions circulent sur l’affaire Coupat devenue affaire Hazan !
Notre association de défense de l’édition indépendante se doit de se faire entendre sur cette dérive qui, ne vous y trompez pas, concerne tous les éditeurs.
Au nom d’on ne sait quelle lutte pour défendre une certaine idée de la démocratie, comment a-t-on pu passer de la malveillance il y a plusieurs mois sur des caténaires du réseau TGV à la remise en cause de la liberté d’expression éditoriale ?
Qui a eu l’idée, le 9 avril dernier, de faire convoquer par la brigade de l’anti-terrorisme de la police judiciaire le directeur des éditions « La Fabrique », Eric Hazan ?
Cette convocation, qui a duré trois heure trente selon la presse, avait pour objectif d’établir un lien entre un livre sorti en 2007, « L’insurrection qui vient », signé par « un comité invisible », édité par la Fabrique, et Julien Coupat, soupçonné de terrorisme dans l’affaire des caténaires, qui pourrait être
selon les enquêteurs un des membres auteur de ce « comité invisible ».
Comment pouvons-nous accepter qu’un éditeur soit entendu plusieurs heures comme témoin dans une affaire dans laquelle il n’est évidemment pas témoin des faits instruits, simplement parce qu’un de ses auteurs présumés est accusé politiquement et médiatiquement d’être un affreux terroriste ?
La question n’étant pas de savoir si un éditeur adhère à toutes les thèses qu’il publie, ou s’il considère que son rôle est de témoigner d’une époque où la noirceur des prévisions est très souvent apocalyptique.
Ne devons-nous pas à juste titre, confrère éditeur, nous inquiéter au cas où nous aurions sans le savoir un auteur en indélicatesse avec la justice ou la police de notre pays ? Cette affaire nous prouve que le risque existe dans certains esprits de considérer comme complice le simple fait d’assimilation auteur-éditeur à une «
association de malfaiteurs », ce qui est réprimé par la loi.
Notre association ne peut admettre, à l’heure où ce que certains nomment « la menace de révolution » s’affiche à la une des magazines comme dans les propos d’un ex-premier ministre, M. de Villepin, que la publication d’un livre qui évoque une « insurrection à venir » peut être retenue comme une charge lors d’une enquête de police contre son auteur et son éditeur.
Il ne peut ni ne doit y avoir, selon notre association, de remise en cause « légitime » de la liberté d’expression.
Au-delà de notre solidarité pleine et entière avec l’ami de notre association « Eric Hazan », l’autre Livre invite les éditeurs indépendants à être fraternels et vigilants devant cette menace, et à informer notre association de tout manquement de la part de représentants de l’Etat à la liberté d’éditer et de circulation des idées.
« Pour une fois que
l’on arrête un coupable, il est innocent », citation des Dupont-Dupond (affreux gauchistes) dans « Les bijoux de la Castafiore » d’Hergé (un affreux terroriste).
Gérard CHERBONNIER,
Trésorier de L’autre livre
Editions Le Petit Pavé